Vaisseau des abysses, arbre lumineux… : 5 projets fous financés par le “crowdfunding”

François Hollande a annoncé mercredi une “nouvelle impulsion” en faveur du financement participatif. Tour d’horizon des innovations françaises nées grâce à ce système.
Le projet de "vaisseau des abysses" Sea Orbiter, financé par le "crowdfunding". (Sea Orbiter)

Un projet innovant pourra désormais recueillir jusqu’à un million d’euros sur une plateforme de “crowdfunding”, ces dispositifs de financement participatif pour la création d’entreprises. C’est ce qu’a annoncé François Hollande mercredi, à San Francisco, au dernier jour de sa visite d’Etat aux Etats-Unis.

Le président a ainsi promis “une nouvelle impulsion” en faveur des ces dispositifs, pour qu’ils deviennent “aussi incitatifs” en France qu’aux Etats-Unis. En 2007, le secteur représentait 1,6 milliard de dollars aux Etats-Unis, 945 millions de dollars en Europe, 75 millions de dollars dans l’Hexagone. 

“Mon objectif est même de faire de la France une sorte d’eldorado du ‘crowdfunding'”, dit la ministre déléguée à l’Innovation et à l’Economie numérique, Fleur Pellerin, à l’appui du dispositif qu’elle présente ce vendredi 14 février.

Objectif : donner de l’air au secteur, tout en assurant une meilleure protection des “investisseurs” contre d’éventuelles arnaques. Une sage précaution, car la ministre est convaincue d’assister à l’ébauche d’une nouvelle économie collaborative, dont on n’a pas fini de constater les effets bénéfiques. 

Qu’elles remplacent ou complètent les financements traditionnels, les plateformes de crowdfunding dédiées à l’investissement en actions ou obligations dans les PME innovantes naviguent encore dans une zone grise, bloquées par une réglementation financière héritée d’une époque où l’internet n’existait pas. C’est ce frein que veut desserrer Fleur Pellerin, en créant pour elles un statut spécifique et un nouveau cadre juridique. 

Tour d’horizon de 5 projets français qui ont vu le jour grâce au “crowdfunding” :

1| La lampe écolo Gravity Light

La lampe écolo de GravityLight conçue notamment par le designer Jim Reeves. Quatre cent mille dollars, huit fois mieux que les 50.000 espérés ! L’histoire de la GravityLight tient du conte de fées. Deux designers britanniques, Jim Reeves et Martin Riddiford, voulaient inventer une lampe écolo et bon marché pour 1,5 milliard de Terriens privés d’électricité. Car les pays en développement utilisent actuellement des lampes à kérosène, gourmandes en pétrole, qui occasionnent des cancers du poumon, infligent de sévères brûlures aux enfants et nuisent à l’environnement.

En trois ans, à ses heures perdues, la petite équipe de l’agence Therefore, qui avait d’abord imaginé une lampe solaire, met au point un prototype de “lampe à gravité”. Sa dynamo, actionnée par la lente descente d’un sac rempli de sable, de terre ou de pierres, procure trente minutes de lumière LED. Avantages : l’objet est ultra robuste, facile à installer et à utiliser, rechargeable en trois secondes en remontant le sac, et peut, à terme, être fabriqué pour… moins de 5 dollars.

“Quand la campagne a démarré sur le site de ‘crowdfunding’ Indiegogo, début décembre 2012, on avait juste une démo sommaire “, raconte Félix Beaulieu, le coordonnateur du projet. Mais la GravityLight, qui a instantanément séduit les écolos de tout poil, est devenue la chouchoute de médias aussi prestigieux que CNN, “Time Magazine” ou la BBC.

Elle a même attiré l’oeil de Bill Gates qui, dans un tweet du 3 janvier 2013, la qualifie d’innovation “pretty cool”. “Le succès phénoménal de cette campagne nous a permis d’améliorer le produit, quitte à en différer la livraison de dix mois “, raconte Félix. Plus de 1.000 exemplaires de GravityLight sont actuellement en test, dans 25 régions déshéritées de la planète. Et les premières lampes sont en passe d’être livrées aux 6.000 donateurs, regroupés en véritable communauté militante.

Dans quelques semaines, l’équipe de GravityLight quittera l’agence Therefore pour voler de ses propres ailes avec de grandes ambitions : mettre au point les accessoires – lampe torche, lampe de lecture, radio – qui permettront de diversifier l’usage de la lampe ; générer des réseaux de fabricants et de distributeurs dans les pays en développement ; structurer des partenariats avec de grands groupes. Et – pourquoi pas – en faire un projet en open hardware, libre de droits, pour accélérer sa pénétration.

2 | Le Tricolore, tricots en stock

Il a réussi l’an dernier à lancer une marque made in France de jeans et de baskets dont le nom, 1083, représente la distance en kilomètres qui sépare les deux points les plus éloignés de l’Hexagone. Et rebelote, cette année, avec Le Tricolore, des pulls eux aussi produits en France et tricotés à partir de laine recyclée. La campagne de levée de fonds est en cours sur Ulule. Lundi 10 février, à 11 heures, Thomas Huriez avait dépassé de 280% son objectif initial de 100 précommandes. Et cela lui permet déjà de lancer la fabrication. Mais il lui reste encore quelques jours et il sait qu’il peut obtenir davantage encore.

Porteur d’un projet qui intègre le recyclage et célèbre l’économie circulaire, ce jeune entrepreneur de 32 ans, installé à Romans, ne cesse de se fixer de nouveaux challenges : “A 400 précommandes, dit-il aux internautes, j’organise la collecte de vos vieux pulls.

A 936 soit le niveau obtenu avec 1083, je tricote un pull pour Arnaud Montebourg”. Le tout pour la bonne cause : créer des emplois et faire vivre un petit réseau d’entreprises. Cela tombe bien, le public qui fréquente les sites de financement participatif est particulièrement sensible à l’engagement “développement durable”.

3 | Le Wist : géolocaliser les objets perdus

“On s’est dit que si on arrivait à valider notre concept par le ‘crowdfunding’, c’est que l’idée était bonne”, raconte Hugo Lussato. En décembre dernier, cet étudiant de l’Ecole centrale de Lyon, 21 ans, a créé la société Wistiki avec ses deux frères, Théo et Bruno (23 et 24 ans) frais émoulus de l’Edhec de Lille. 

“On est partis d’un constat simple, poursuit Hugo. Il n’y avait jusqu’ici pas de moyen facile pour retrouver des objets usuels, égarés par étourderie.”

Leur solution ? Le Wist, une petite médaille en plastique de la taille d’une pièce de 2 euros, que vous accrochez à vos clés de voiture, votre portefeuille, le doudou de votre petit dernier ou le collier de votre chat. Grâce à une application sur votre smartphone (sur iOS et bientôt sur Android), vous pouvez instantanément géolocaliser le Wist. Puis, dans un rayon de 30 mètres, le faire sonner…”Et au cas où c’est votre smartphone qui est égaré, vous pourrez l’appeler avec le Wist”, s’amuse Théo.

Alors qu’ils cherchaient à lever 20.000 euros, Théo et ses frères en avaient déjà récolté trois fois plus, en début de semaine, sur MyMajorCompany Des milliers de personnes ont en effet précommandé leur Wist (20 euros pièce, 160 euros les 10) pour une livraison prévue courant avril.

A ce rythme, les Lussato peuvent maintenant espérer récolter 100.000 euros d’ici à fin février. “De quoi nous renforcer vis- à-vis des industriels sollicités pour fabriquer et des fonds de capital-risque qui nous appellent”, se réjouit Théo. Pas inutile, vu qu’il y a déjà concurrence.

4 | SeaOrbiter, le premier vaisseau des abysses

17h26, lundi 27 janvier. La collecte est terminée. Jacques Rougerie est euphorique. En 90 jours, cet architecte a reçu 344.650 euros. C’est un des grands succès de la plateforme de financement participatif KissKissBankBank. Quelque 600 personnes ont versé chacun une moyenne de 150 euros pour soutenir le SeaOrbiter, vaisseau semi-submersible aux allures d’hippocampe géant et à vocation scientifique. La somme est importante, mais elle ne représente que 1% du coût de la construction de l’engin.

Soutenu par de grandes institutions, comme l’Ifremer, la Nasa et de grandes entreprises, le projet en lui-même est déjà quasi financé.

Dans l’esprit de l’architecte inspiré par Jules Vernes et le commandant Cousteau, cet appel au peuple visait davantage à “offrir aux gens une occasion de s’approprier le premier vaisseau permettant l’exploration du grand large et des abysses”, où 18 personnes pourront vivre et travailler 24 heures sur 24 et sur de longues périodes.

Avec ses 235.470 “KissBankers” recensés, le site de “crowdfunding” est aussi une vitrine idéale pour populariser un projet. Les plus gros contributeurs auront la possibilité de séjourner 48 heures à bord du vaisseau ; les autres se verront, selon le montant de leur participation, gratifiés d’un dessin du projet signé par le maître, de l’inscription de leur nom sur la carlingue du vaisseau etc. Mais tous ont déjà reçu la gratitude du concepteur pour leur “immense générosité”.

5 | Glowing Plant, l’arbre lampadaire  

Le Britannique Antony Evans et l’Américain Kyle Taylor rêvent de voir un jour nos lampes de chevet et les lampadaires publics remplacés par… des plantes et des arbres phosphorescents ! Car grâce aux avancées de la biologie synthétique, il est en effet possible d’introduire dans l’ADN de plantes vertes un gène responsable de la luminescence chez la luciole qui leur permettra de luire dans le noir !

Installés à San Francisco et parrainés par de grandes figures de la Silicon Valley, Antony et Kyle ont levé 484.000 dollars auprès de plus de 8.000 donateurs sur Kickstarter. De quoi lancer leur société Glowing Plant qui promet de livrer ses premières graines et plantes cet été.

Mais leur projet, très polémique, a déclenché une guerre du “crowdfunding” avec les ennemis des manipulations génétiques : l’ONG ETC Group, qui lutte contre la “pollution génétique”, a lancé une campagne “Kickstopper” sur Indiegogo. Sans grand succès, puisqu’elle n’a levé que 2.274 dollars sur les 20.000 espérés !

 

Source : Le Nouvel Observateur

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