LeWeb 2013 : foi d’investisseur, Internet est le moteur de la croissance de demain

La révolution est en marche

Publié le 11 décembre 2013
Depuis mardi, l’édition 2013 de l’évènement LeWeb permet aux acteurs de l’industrie de l’Internet d’évoquer les grandes tendances en matière d’innovation qui transformeront le visage de la Toile dans dix ans. Le crowdfunding figure parmi celles-ci, en bouleversant le business model traditionnel de ces entreprises et en favorisant la croissance du secteur.

Atlantico: Quelles sont les principales raisons qui poussent à investir dans le secteur de l’Internet ?

Eric Archambeau : Il y a deux raisons principales. Tout d’abord, Internet est le seul secteur où l’on peut trouver encore de la croissance. Ensuite, nous assistons à une véritable disruption du cœur même de l’économie. Jusqu‘à présent, Internet et l’électronique avaient révolutionné les métiers de l’information. La première et deuxième génération du Web correspondaient à la manipulation de l’information. La décennie qui arrive annonce, elle, un changement fondamental dans tous les domaines : alimentation, agriculture, santé… Les outils et les objets seront désormais reliés entre eux, bouleversant ainsi le comportement des gens. On a sans doute encore un peu de mal à apprécier cela, en sous-estimant ce qui se passe actuellement mais qui est pourtant en train de révolutionner le cœur même de l’industrie et des services.

Selon vous, quelles sont les principales innovations des dix prochaines années, et dans lesquelles convient-il d’investir ?

Cela est difficile à déterminer. Néanmoins, ce que l’on peut dire, c’est que la première phase de cette nouvelle révolution provient du crowsourcing. On n’a jamais eu une telle connexion entre les individus désormais capables de partager leurs idées les uns avec les autres. Cela donne un peu l’impression d’être revenu au début de la vie dans les océans, où le choc des petites idées s’accélérait pour provoquer l’apparition de grandes idées. Jusqu’à présent, on favorisait l’innovation par de petites structures isolées au sein de l’entreprise, qui révolutionnaient certains aspects de la société, de manière un peu hasardeuse. Cette nouvelle manière qu’on a de faire sortir des idées en reliant des gens expérimentés dans un domaine comme l’aéronautique pour les drones ou la spectrométrie pour les appareils permettant de sentir les aliments dans son assiette afin d’en déterminer la composition, sera à l’origine incontestablement d’innovations d’envergure. Les murs empêchant les gens d’échanger sont en train de tomber. On peut donc prévoir sans trop de difficultés qu’il y aura très vraisemblablement davantage d’inventions au cours des dix prochaines années qu’au cours de la dernière décennie.

On peut prendre l’exemple de Google. En effet, l’entreprise a la réputation de compter dans ses équipes de formidables ingénieurs. Néanmoins, Google ne peut pas être partout à la fois, d’autant plus que, statistiquement, de meilleurs ingénieurs et en plus grand nombre se trouvent dans le monde en dehors de l’entreprise. Par conséquent, ce que Google a déjà mis au point mais de façon balbutiante, à l’instar des Google Glass, pourra être amélioré plus tard par d’autres structures, d’autres personnes free-lance. Au sujet précisément des Google Glass, il est d’ores et déjà certain qu’elles ne revêtiront pas leur forme actuelle. Néanmoins, on ne peut pas être certain des outils qui seront mis au point au cours des prochaines années dans le domaine de la réalité augmentée, bien que nous allons dans la bonne direction. L’excitation provoquée autour de tout ce qui concerne le financement de l’innovation provient justement du fait que nous allons dans tous les sens, ce qui est en rupture totale avec les dix années passées.

Le crowdfunding représente-t-il, selon vous, le nouveau business model de l’industrie du Net ?

Je répondrais à la fois oui et non. Oui car il y a tellement de nouvelles idées qui méritent d’être exploitées, ce que permet le crowdfunding. Il est formidable pour les start-ups d’avoir la possibilité aujourd’hui d’explorer la création d’un prototype de logiciel ou d’appareil en vue de multiplier leurs expériences.

D’un autre côté, le crowdfunding ne peut pas répondre à tous les besoins d’une start-up. Parmi ces derniers, on peut citer notamment la nécessité pour elle d’avoir un groupe homogène d’actionnaires qui puisse prendre des décisions rapides en matière de financement, de stratégie, de recrutement, de partenariats…

Selon une logique darwinienne, les modalités de financement ont bien-sûr évolué dans le temps. Les premiers financements technologiques aux Etats-Unis dans les années 1960 et 1970 s’apparentaient à une certaine forme de crowdfunding, constituée autour de petits cercles privés en relation avec Stanford et le MIT. Parce que les gens de l’époque ne disposaient pas des technologies de communication actuelles, convaincre les gens de ses idées prenaient plus de temps. Pour plus d’efficacité, il a alors été décidé d’instaurer le fonds en vue d’anticiper les besoins d’argent et de constituer un portefeuille en vue de limiter les risques potentiels.

Cela a donné naissance au venture capital qui continue à être une forme bien plus artisanale que le reste de la finance, et qui ne peut donc pas être pratiqué à grande échelle, mais qui permet le coaching efficace de certaines start-ups, après sélection, en vue de se confronter au monde extérieur, ce qui est très difficile avec le crowdfunding.

 

Quelle part le crowdfunding représente-t-il en France ? Est-ce un mode de financement utilisé par les entreprises du Net en France ?

L’aspect de la nouveauté compte beaucoup ici. Dans le cadre d’une start-up, les premiers retours sur investissement se mesurent après une période de 5 à 10 ans. Il est donc encore trop tôt pour constater les premiers résultats du crowdfunding en tant que nouvelle source de financement pour les start-ups du Net.

Au regard de la récente affaire Yahoo-Dailymotion en France, comment percevez-vous le cadre légal français vis-à-vis des modalités de financement des industries de l’Internet ? Ce cadre empêche-t-il toute possibilité de développement efficace pour ces entreprises ?

Je pense qu’il y a eu beaucoup de gesticulations autour de cette affaire de la part du gouvernement actuel, plus que d’actions mais cela a eu des conséquences désastreuses pour l’image de la France. Quand on parle de cette dernière à de grosses sociétés du secteur technologique anglo-saxonnes, suédoises ou finlandaises, celles-ci, par confusion, ont l’impression que les choses sont compliquées et dangereuses en France face à des règles de gouvernance qui ne semblent pas respectées. Contrairement à ce que la situation pourrait laisser croire, cela porte encore préjudice à la France.

Wellington Partners, l’entreprise pour laquelle vous travaillez, ambitionne d’investir au sein de compagnies européennes ayant une ambition internationale. Pourquoi chercher spécifiquement à investir dans les entreprises européennes du secteur ? Quels atouts présentent-elles ?

Il y a dix ans, il était très difficile de trouver une entreprise pouvant être potentiellement le leader mondial du secteur, qui ne soit pas localisé en Californie. Depuis cinq ans maintenant, on a vu naître de nouveaux leaders partis d’Europe à la conquête du monde, à l’instar de Spotify que nous avons financé à ses débuts. Dans ce cas précis, nous sommes en présence d’une société suédoise à l’origine d’une véritable innovation.

Il y a encore huit ans, les plateformes permettant de devenir le leader mondial nécessitaient l’interaction physique des individus. Aujourd’hui, les plateformes mobiles ou bien celles du type Facebook et Google permettent une véritable décentralisation de l’innovation. Il n’y a donc aucune raison pour que le prochain leader de l’industrie du Net vienne de Californie. Ce qui prime dorénavant, c’est le talent d’un groupe d’individus déterminés à réussir. 

Eric Archambeau

Centralien et diplômé de Stanford et UC Berkeley, Eric Archambeau est un investisseur international spécialisé dans les nouvelles technologies et internet. Après 20 ans d’entreprenariat dans la Silicon Valley, il est aujourd’hui basé à Londres et finance des start-ups à succès comme Spotify (Suède), Xing (Allemagne), Adconion (Royaume-Uni), Hailo (Royaume Uni, Irlande). Il a été l’un des business angels de Priceminister. Wellington Partners, sa société de capital risque, est présente à Munich, Zurich, Londres et Bruxelles.

Source : Atlantico.fr

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